Pourquoi l’or ne monte pas avec l’inflation : leçon de 2026

Février 2026. L’or sort d’un record historique à 5 598 dollars l’once, atteint le 28 janvier. Quelques semaines plus tard, une guerre éclate entre les États-Unis et l’Iran, le détroit d’Ormuz est fermé et le Brent repasse au-dessus de 100 dollars.

Sur le papier, tout est réuni pour que la valeur refuge par excellence s’envole.

Elle fait exactement l’inverse.

Entre fin février et fin juin, l’once perd environ un quart de sa valeur. Six mois plus tard, elle vient tout juste de repasser dans le vert depuis le début de l’année.

Cette séquence est intéressante, car elle rappelle une réalité que beaucoup d’épargnants oublient : l’or ne réagit pas à l’inflation comme on le croit. Et surtout, il ne protège pas contre toutes les crises.

Le printemps le plus violent depuis treize ans

La correction a été aussi régulière que brutale : quatre mois consécutifs de baisse, avec un mois de juin à -12,7 %, soit la pire performance mensuelle du métal jaune depuis octobre 2008.

Sur l’ensemble du deuxième trimestre, l’or recule d’environ 14 %, signant son plus mauvais trimestre depuis le printemps 2013.

Les seuils techniques cèdent les uns après les autres. En juin, l’or passe sous sa moyenne mobile à 200 jours, puis sous le seuil symbolique des 4 000 dollars, avant de toucher des points bas proches de 3 980 dollars.

Les séances à -1 % ou -2 % deviennent presque banales.

Un actif que de nombreux épargnants considèrent comme un coussin de sécurité vient alors de se comporter, pendant plusieurs mois, comme une valeur de croissance en pleine correction.

Et c’est précisément là que se trouve la leçon.

Pour suivre l’évolution du métal jaune et se renseigner sur le cours de l’or en temps réel, VeraCash propose notamment un suivi du cours de l’or. Un réflexe utile pour remettre les mouvements du marché dans leur contexte plutôt que de se fier uniquement aux gros titres.

Le paradoxe : l’inflation peut faire baisser l’or

L’idée la plus répandue veut que l’or monte lorsque l’inflation accélère.

C’est beaucoup trop simple.

L’or ne protège pas directement contre l’inflation. Il est surtout sensible aux taux d’intérêt réels.

La nuance est fondamentale.

Lorsque le pétrole s’envole et que les anticipations d’inflation progressent, les banques centrales peuvent être contraintes de durcir leur politique monétaire. C’est exactement ce que les marchés ont commencé à intégrer au printemps : une Réserve fédérale plus restrictive et des taux susceptibles de rester élevés plus longtemps.

Lors de sa réunion du 29 juillet, trois membres du comité ont même voté contre le maintien du taux directeur dans la fourchette de 3,50 %-3,75 %, réclamant une hausse.

Or l’or ne verse ni coupon, ni dividende, ni loyer.

Son coût d’opportunité est donc déterminant : lorsque les placements sans risque offrent un rendement plus élevé, détenir un actif qui ne produit aucun revenu devient relativement moins intéressant.

C’est là que les taux réels entrent en jeu.

Si les taux nominaux augmentent plus rapidement que l’inflation, les taux réels progressent. Et lorsque le rendement réel des obligations devient plus attractif, la pression sur l’or s’accentue.

Une inflation élevée n’est donc pas nécessairement favorable à l’or. Tout dépend de la réaction des taux.

C’est ce qui explique le paradoxe du printemps : le pétrole flambe, l’inflation menace, la guerre fait rage… et l’or baisse.

À cela s’ajoute un deuxième facteur : le dollar.

La devise américaine s’est fortement redressée, atteignant en juin un plus haut de treize mois, tandis que l’euro tombait à son plus bas niveau depuis juin 2025.

Or l’or est coté en dollars. Lorsque le billet vert se renforce, le métal devient mécaniquement plus cher pour les acheteurs qui utilisent d’autres devises, ce qui peut peser sur la demande.

Le rebond de l’été : le marché change de scénario

En août, la mécanique s’inverse.

Le dollar reflue, tandis que les anticipations de baisse des taux de la Fed se renforcent. L’or repart alors fortement à la hausse, jusqu’à atteindre environ 4 540 dollars l’once.

En trois semaines, le métal gagne autour de 12 %.

De quoi effacer ses pertes depuis le début de l’année et repasser autour de +5 % sur 2026.

Mais il reste encore nettement sous son record de janvier.

Et surtout, l’investisseur français n’a pas vécu exactement la même histoire que l’investisseur américain.

Le détail que les Français oublient : la devise

Pour un Français, il faut regarder l’or en euros, pas uniquement en dollars.

Au printemps, la vigueur du dollar a partiellement amorti la baisse du métal une fois convertie en euros.

En août, le mécanisme joue dans l’autre sens : le recul du dollar et la remontée de l’euro réduisent une partie du rebond observé en dollars.

À la mi-août, l’once s’échangeait autour de 3 800 euros, soit environ 33 % de hausse sur douze mois glissants.

Un chiffre qui raconte une histoire sensiblement différente de celle des gros titres en dollars.

Attention aux chiffres qui racontent une trop belle histoire

Il faut également se méfier des indicateurs isolés.

Fin juillet, le World Gold Council annonçait 289 tonnes d’achats nets d’or par les banques centrales au deuxième trimestre. Le chiffre a rapidement été présenté comme une nouvelle preuve de la puissance de la demande institutionnelle.

Mais le même rapport révisait fortement l’estimation du premier trimestre : de 244 tonnes à seulement 57 tonnes.

Le premier semestre ressort ainsi à 345 tonnes, soit le plus faible début d’année depuis 2022.

Autrement dit, ce qui ressemblait à une accélération spectaculaire des achats des banques centrales était en partie lié à une révision statistique.

La morale est simple : une conviction d’investissement ne devrait jamais reposer sur un seul trimestre de données, surtout lorsqu’elles sont encore susceptibles d’être révisées.

Ce que l’épargnant devrait en retenir

Trois enseignements me semblent essentiels.

Premièrement, l’or est une assurance avant d’être un placement.

On ne souscrit pas une assurance en espérant qu’elle soit le meilleur investissement de son portefeuille. On la détient pour être protégé lorsqu’un scénario défavorable se réalise.

L’or joue en partie ce rôle.

Deuxièmement, cette assurance ne fonctionne pas dans tous les régimes de crise.

Une crise géopolitique ou financière peut être favorable au métal jaune. Mais un choc inflationniste qui pousse les banques centrales à relever leurs taux peut, paradoxalement, lui être très défavorable.

La question n’est donc pas simplement : « L’inflation monte-t-elle ? »

Il faut plutôt se demander : « Que vont faire les taux réels ? »

Troisièmement, six mois ne constituent pas un horizon pertinent pour juger l’or.

Une allocation en métaux précieux se réfléchit sur une décennie, pas sur quelques semaines. Elle doit être dimensionnée avant la crise, lorsque personne ne sait encore si elle arrivera — et non au moment où tout le monde cherche simultanément à se protéger.

C’est probablement la principale leçon de ces six derniers mois.

L’or n’est pas un actif qui monte parce que le monde va mal. C’est un actif dont la valeur dépend d’un équilibre beaucoup plus subtil entre taux réels, dollar, politique monétaire, confiance et demande institutionnelle.

Et parfois, même au cœur d’une guerre et d’un choc inflationniste, cet équilibre peut être défavorable à l’or.

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